Arsenio RODRÍGUEZ y su Conjunto

En 1940, réorganisant le "SEPTETO BELLAMAR" avec lequel il joue et qu'il dirige depuis que Estebán REGUEIRA, chanteur, lui a laissé les commandes, le tresero Arsenio RODRÍGUEZ transforme le groupe en un conjunto avec lequel il va révolutionner la musique populaire cubaine.
Arsenio incorpore dans un premier temps une seconde trompette. Associé au tres cette seconde trompette crée un nouveau son. Les montunos prennent une saveur spéciale et conquièrent le public, principalement les noirs qui se révèlent être particulièrement réceptifs à une musique collant aux racines africaines si bien entretenues dans la famille de Arsenio. Le public blanc est plus en difficulté lorsqu'il s'agit de danser.
Les premiers partenaires de RODRÍGUEZ sont Antolín "Papa Kila" SUÁREZ, bongó; Lino FRIAS, piano ; Marcelino GUERRA, guitare et voix; Pedro Luis SARRACENT et Miguelito CUNÍ, voix; Rubén CALZADO et "Chico" trompettes. Luis REGATILLO, le vétéran de la contrebasse décède à ce moment. Immédiatement le conjunto enregistre ses deux premiers titres, "El pirulero no vuelve más" et "Yo ta'namora", deux compositions de Arsenio et déjà la formation a évolué. Nilo ALFONSO entre à la contrebasse; et Miguel MOLINER prend la trompette de "Chico".

En fin d'année RODRÍGUEZ obtient pour sa formation un contrat au très select cabaret Sans Souci. Il y joue avec un groupe plus allégé continuant plus ou moins sur les bases du septeto qui alterne avec la formation de ROMEU, la "ORQUESTA BELLAMAR" qui elle joue pour les shows et accompagne les chanteurs. Les musiciens de Arsenio interprètent les genres populaires cubains. Le beau contrat dure deux mois.
Les enregistrements se poursuivent au début de 1941 avec cette formation: "Corazón de hielo", "Todos seguimos la conga", "No hace na'la mujer" et "Yo tuve la culpa".


Arsenio, Miguelito Cuní & Marcelino Guerra.

Entre temps Arsenio a introduit une tumbadora qu'il a confié à son frère "Quiqui". Avec cet instrument, le tres, la seconde trompette et bientôt le piano, l'heure de la révolution sonera a sonné.

Il est probable que cette tumbadora n'ait été utilisée que ponctuellement et dans des conditions bien spécifiques car l'instrument à cette époque est rejeté par la majorité du public de l'élite blanche qui fréquente les cabarets. Quant au clubs et aux sociétés regroupant les gens de couleur d'un certain rang social, eux non plus n'acceptent pas les groupes de Son qui avec leurs bongó et tumbadoras jouent la musique des catégories sociales inférieures. Arsenio RODRÍGUEZ enchaîne avec des prestations au Club Social Buena Vista ou encore au Club Social de Marianao. Ces clubs sont ceux des sociétés de gens de couleur et il est probable que la tumbadora pouvait s'y exprimer et le groupe avancer dans le son nouveau que Arsenio voulait offrir à son ensemble. La réputation du groupe commence à s'accroître. Il enregistre de nouveau en 1942 et vers cette date commence à s'appeler "CONJUNTO Arsenio RODRÍGUEZ" et à jouer sous cette forme non seulement pour les enregistrements mais aussi en public. Rapidement il dispute les succès à l'orchestre "MELODÍAS del 40" notamment dans les Jardins de La Tropical ou au Club Cultural ainsi qu'à "ARCAÑO y sus MARAVILLAS" mais le directeur de ce groupe est son ami et il fait souvent engager le conjunto de Arsenio parallèlement à son groupe car le conjunto complétait parfaitement le travail de la charanga vis à vis du public.

En 1943, le conjunto obtient un contrat de la Mil Diez, une radio proche des syndicats, du Parti Socialiste et défendant les travailleurs et les noirs. Le lancement de la station a lieu aucours d'un gand concert à La Polar auquel participe le "CONJUNTO Arsenio RODRÍGUEZ". La Mil Diez, qui ne diffuse que la musique en vivo, permet ainsi aux orchestres qu'elle engage de se faire entendre dans toute l'île ce qui va accentuer la popularité de Arsenio et de sa formation.Benitín BUSTILLO devient la première trompette et le pianiste Lino FRIAS va d'abord laisser la place à Adolfo "Panacea" O'REILLY puis à Rubén GONZÁLEZ qui, attiré par les voyages, recommande et laisse la place en 1945 à Luis "Lilí" MARTÍNEZ GRIÑAN.
Entre temps le "CONJUNTO Arsenio RODRÍGUEZ" a enregistré au cours de plusieurs sessions. Les compositions de Arsenio constituent la majorité des thèmes: "Triste Lucha", "A buscar camarón", "Mi chinita me botó", "Oye mi consejo, "Yo no como corazón de chivo" ...

>>>>"Yo no como corazón de chivo".


D'autres modifications apparaissent dans le conjunto au milieu de cette décennie. ALFONSO, CALZADO, GUERRA, CUNÍ, BUSTILLO volent vers d'autres horizons. Pour ses enregistrements fait alors appel à des voix extérieures comme celles Joseíto NUÑEZ, René ÁLVAREZ.


A la fin de 1946 la configuration de la formation est réellement nouvelle. A côté de SARRACENT, le cousin René SCULL devient la première voix et Orlando SIRIAL seconde voix et guitare. Très vite c'est Lázaro PRIETO qui va s'imposer à la contrebasse et Félix "Chocolate" ALFONSO prend la place de "Quiqui". Mais c'est avec les trompettes que RODRÍGUEZ poursuit sa révolution en introduisant un troisième instrument, le pupitre étant alors formé de Juan ROGER, Serapio FERNÁNDEZ et Serafín TERRY. René ÁLVAREZ est engagé ponctuellement . Il chante notament pour un enregistrement en 1946.


Le conjunto au début de 1946 avec "Lili" à gauche, René Álvarez 4° à partir de la gauche, Arsenio et Scull avant dernier à droite.

Le rôle de "Lili" MARTÍNEZ devient fondamental notamment dans la transcription des idées de Arsenio mais aussi dans l'écriture des parties de trompettes. La musique définitive de Arsenio RODRÍGUEZ arrive à sa maturité. En réponse à l'incorporation par ARCAÑO d'une conga dans sa charanga et du mambo final qu'il introduit dans le danzón de nuevo ritmo, Arsenio développe lui aussi une partie originale, entraînante et qui ravit les danseurs noirs le diablo. Le conjunto qui curieusement ne se produit que dans la partie occidental de l'île et plus spécifiquement autour de la capitale et de Matanzas, enregistre ses pages historiques avec des compositions de Arsenio: "Dame un cachito pa'huelé", "El reloj de Pastora", "Por qué la trajiste" ... ; de "Lili" : "Chicharronero", "Semilla de caña brava"...; et de Jacinto SCULL : "Tengo que olvidarte". L'entrée, à côté de TERRY, de deux grands trompettistes - Domingo CORBACHO et Guillermo FELLOVE- ne fait que renforcer l'excellence de la formation.

>>>>"Dame un cachito pa'huele".

 

La Radio Mil Diez, attaquant sans cesse le gouvernement est fermée par celui-ci en 1948. Les artistes et orchestres parmi lesquels le "CONJUNTO Arsenio RODRÍGUEZ" reçoivent les propositions d'une autre grande station, Radio Salas.

De nouveaux trompettistes, tout aussi exceptionels, entrent en 1949 dans le conjunto: Carmelo ÁLVAREZ d'abord puis Félix CHAPOTTÍN et "Chocolate" ARMENTEROS ensuite. CHAPOTTÍN va désormais être une nouvelle pièce maîtresse de la formation qui possède une nouvelle ligne de voix avec autour de René SCULL, Conrado CEPERO et Carlos RAMÍREZ. C'est l'époque où le Son montuno "Dundunbanza", un autre thème historique, est enregistré.


>>>>"Dundunbanza".

De gauche à droite: Carmelo Álvarez, Alfredo "Chocolate" Armenteros, René Scull, Arsenio, Antolín "Papa Kila", Félix Chapottín, Carlos Ramírez
Accroupis: Félix Alfonso, Lázaro Prieto, Lilí Martínez.


Quand le reste de la formation reste stable, la valse des trompettes se poursuit et un an plus tard CHAPOTTÍN est entouré de Armando ARMENTEROS et de Raúl DÍAZ. Mais à ce moment, au début de 1950, Arsenio décide de partir pour New York où il fonde un nouvel ensemble "Arsenio RODRÍGUEZ y su CONJUNTO TODOS ESTRELLAS ". Il confie la direction de la formation cubaine à Félix CHAPOTTÍN mais revient très régulièrement à La Havane pour enregistrer et même pour jouer en concert ou sur les ondes.


Lors d'un retour de Arsenio, le conjunto joue sur les ondes de Radio Salas.
A gauche "Lili" et Prieto. Derrière: les trois trompettes Chapottín, "Florecita" et Armando.
Au second rang Arsenio, Scull, Cuni, Ramírez,
Devant "Chocolate" Alfonso, "Quiqui", "Papa Kila".

Pendant les absences de RODRÍGUEZ la formation évolue encore. Arsenio fait parfois chanter sa jeune soeur Estela qui alterne avec CEPERO ou SCULL et Oscar "Florecita" VELAZCO devient troisième trompette à la fin de l'année.
Très régulièrement Arsenio revient prendre sa place au cours de l'année 1951 -marquée par le retour de CUNÍ et de GUERRA et le remplacement de ARMENTEROS par "El Yuco"- et au début de 1952, date à laquelle il se fixe de manière permanente à New York. Les enregistrements réalisés à ce moment montrent le désarroi de Arsenio: "Te contaré", "Pobre mi Cuba", "Pogolotti"...

Arsenio RODRÍGUEZ cède alors définitvement son conjunto à Félix CHAPOTTÍN qui peu après lui donne son nom "CONJUNTO Félix CHAPOTTÍN".

Lorsque en 1956 Arsenio revient à La Havane c'est avec un nouvel ensemble qu'il enregistre dans lequel il retrouve "Florecita", "Chocolate" ALFONSO, SIRIAL et Estela. Et pour la dernière session il utilise le jeune conguero "Tata" GÜINES.

>>>> "Dame tu yoyo ma Belén".

© Patrick Dalmace

Discographie sélectionnée:
* "Arsenio Rodríguez y su Conjunto. Grabaciones Completas Rca Victor. 1940-1956", Volumes 1, 2, 3. L.H., Tumbao TCD 318.

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