Le Son à Matanzas et dans le reste de l'île

L'active La Havane n'a pas le monopole de l'organisation des groupes de soneros. Ailleurs dans l'île des sextetos ou septetos se forment.
Les chances d'enregistrer y sont encore plus faibles que dans la capitale et les possibilités de travailler sont réduites. Souvent il s'agit donc de groupes d'amateurs qui animent les fêtes de quartiers ou au mieux jouent dans la région. Quelques-uns sortent pourtant de l'anonymat ou échappent à l'oubli.

Matanzas et sa région, où la tradition musicale a toujours été importante, berceau de la Rumba, du Danzón et plus tard du Danzonete devient une ville où s'installe une tradition sonera.
A Alacranes, dès 1924, on signale l'existence du Sexteto "BOTÓN de ORO" -peut-êre le premier à jouer avec un trompetiste, Mario VASCONCELOS, et celle de la "LIRA MATANCERA" de Félix CARDENAS dans le quartier Simpson de la capitale provinciale.
Le "SEXTETO ORIENTE ", deux ans après sa fondation en 1925, accompagné désormais de la trompette de Norberto FAVELO sort de son quartier de Pueblo Nuevo pour aller jouer au Montmartre et après huit ans d'existence fait les beaux jours d'un grand restaurant de Chicago.
Le "SEXTETO MATANCERO", pour beaucoup le meilleur de tous les groupes de l'époque, organisé vers 1924 autour du tresero Isaac OVIEDO ,joue au début de la décennie suivante à La Havane à l'Hôtel Plaza. Pour sa tournée à Puerto Rico en 1933 il est formé en outre de Barbarito DIEZ, voix et du guitariste Graciano GÓMEZ, également directeur. Comme "SEPTETO MATANCERO" il enregistre pour la Victor.

Le "SEXTETO RAYO DE LUZ" fait son apparition, dirigé par José Claro FUMERO en 1928.

Juan Manuel DÍAZ chanteur et compositeur, fonde en 1927 le septeto la "GLORIA MATANCERA" qui rapidement ira grossir les rangs des groupes assurant la vitalité de la vie nocturne de La Havane.
Mais c'est surtout la formation -une Sonora - fondée trois ans plus tôt par Valentín CANÉ qui va marquer de son empreinte la musique cubaine pour le reste du siècle. Après avoir fait les beaux jours des noirs de Matanzas autant attirés par la trompette du Son que par les violons des danzónes, la "SONORA MATANCERA" quitte elle aussi Matanzas pour tenter de conquérir la capitale. Le monde des Académies et des Cabarets devient le sien. Celui de la Radio également et c'est par les ondes de Radio Progreso qu'elle va entreprendre la conquête du public.
Les plus grandes voix de toute la Caraïbe enregistrent avec elle avant qu'en 1960 la "SONORA MATANCERA", après avoir gravé un prémonitoire "Mi cocodrilo verde" avec la voix de Celia CRUZ, quitte Cuba pour le Mexique.

Plus au centre dans l'île, à Sancti-Spiritus le charpentier et chanteur Juan de Dios ECHEMENDIA organise avec son frère Juan Antonio, guitariste, le "SEXTETO de Gerardo MACHADO" en 1924. Ce groupe a conservé la marimbula et se passe de contrebasse. Deux ans plus tard c'est Valeriano GARCÍA qui tente de lui ravir la suprématie dans la province avec une formation, le "SEXTETO ESPIRITUANO", qui tout en étant un sexteto, -donc sans trompette- comprend sept musiciens avec trois voix spécialisées. Rafael "Nené" ENRISO avait également ce type de formation à La Havane.

A Camagüey c'est "Chano" PULIDO qui fait tourner à partir de 1925 son "SEXTETO Los ERRANTES" dans toute la région.
Dans le village de Santa Isabel de Las Lajas dans la province de Las Villas le "SEXTETO CHARLES" anime les soirées dès 1927 et la même année apparaît à Santa Clara, le "SEPTETO de SONES" dirigé par Ramón GARCÍA.

Sur la côte Sud de l'île, l'activité musicale n'est pas en reste. A Cienfuegos et dans ses environs il existe durant la seconde partie de la décennie une profusion de sextetos soneros : "UNION MUSICAL", "RON SAN CARLOS", "Los MELODIOSOS " un noneto sans trompettiste...
En 1926 Rafael "Mañungo" ORTÍZ, guitariste, organise le "SEXTETO SANTA CECILIA" qui devient l'année suivante le "SEXTETO CIENFUEGOS". Il compte dans ses rangs, comme première voix, le futur "Rapindey", Marcelino GUERRA encore très jeune.
Après le Concours d'interprétation et de danse organisé par les commerçants de la ville en 1929 au cours duquel il a pris la troisième place derrière les "CRIOLLITOS" et le "SAN CARLOS", le groupe va chercher meilleure fortune à La Havane.
Mais le sexteto qui, à Cienfuegos, marque l'époque et les années postérieures, survivant jusqu'à la fin de ce siècle, reste "Los NARANJOS", né en 1926 de la réorganisation d'un orchestre après le passage du "SEXTETO HABANERO".

© Patrick Dalmace

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Le Son. La Havane des années vingt.
Santiago de Cuba et Miguel Matamoros.
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