ESCALANTE, "Pucho", Leopoldo (Yateras 1919)

Le père de Leopoldo est mexicain, artiste peintre. Il a étudié en France et en Espagne et, au retour de ce pays, s'arrête à Santiago de Cuba, épouse une cubaine et s'installe près de Guantanamo. Il est aussi musicien et donne des cours. C'est lui qui inculque les premières notions musicales à ses fils, Luis et Leopoldo. Leopoldo -"Pucho"- suit son frère partout et notamment dans les bars où il joue et là il prend contact avec le jazz et la musique américaine que réclament sans cesse les militaires de la base navale américaine.

"Pucho" étudie le saxophone soprano et aide son père à donner les cours de solfège. Ce dernier suit Luis à La Havane et répartit les quatre autres enfants dans la famille. Quelques semaines plus tard tous s'installent dans la capitale.
Son père propose à "Pucho" d'apprendre le trombone à coulisse, instrument que "Pucho" n'avait jamais vu. A Guantánamo seul existait le trombone à pistons. Il progresse grâce au tromboniste de la Banda de la Marina qui lui donne des cours gratis et assez rapidement il est capable d'intégrer les formations qui l'invitent.
Ce n'est pas toujours simple car Luis qui déjà a une solide réputation ne souhaite pas voir Leopoldo qu'il juge encore débutant ruiner son prestige. Mais en 1937 il entre dans l'orchestre de René TOUZET puis rejoint Alfredo BRITO lorsque celui-ci rentre de New York. Ils jouent à l'Edén Concert.

Armando ROMEU et Luis ESCALANTE décident de former un orchestre en 1940.
Ils invitent alors "Pucho" à jouer avec eux et naît ainsi le "BELLAMAR" qui s'installe au cabaret Sans Souci. "Pucho" joue alors beaucoup de jazz, du swing, Goodman, Ellington... C'est le rôle de l'orchestre qui intervient après la formation destinée à faire danser le public.


Armando, Pucho et Luis en 1941 au cabaret Sans Souci.

"Pucho" ESCALANTE travaille aussi dans le jazz band des frères PÉREZ avec "Chico" O'FARRILL puis part pour Panamá. Il joue alors à Colón, une ville de la côte Caraïbe envahie par la musique et le jazz avec la formation du saxophoniste Armando Boza. Pour "Pucho" les quatre années passées à Colón sont une véritable fête musicale. Dès les prestations terminées il rejoint les bars et cabarets qui pullulent pour d'interminables jam's sessions.

Vers 1948 "Pucho" ESCALANTE rentre à La Havane pour diriger le nouvel orchestre du Sans Souci. Un conflit avec un musicien le pousse à quitter la formation et il répond à l'invitation du venézuélien Luis Alfonso Larraín. Il part ainsi pour Caracas. Il fait venir dans l'orchestre le saxophoniste "Tata" PALAU. A la disparition du groupe le tromboniste joue aussi pour le "Casablanca", dont il contribue à l'émergence, et la "Billo's Caracas Boys" le voit dans ses rangs quelques mois plus tard.


La Billo's. Caracas Boys
Pucho est le second musicien accroupi et Tata Palau, le huitième à droite, est debout .

ESCALANTE participe à la diffusion du Jazz à travers les jam sessions qui se déroulent au Cristal Room, au Capri, au Paraiso, au Waldorf ou au Potomac. Il est également un des très actifs membres du Caracas Jazz Club qui lui décerne en 1955 la Palme de meilleur tromboniste de l'année. Il joue dans le "Septeto du CJC".

 

Entrecoupé de visites à sa famille à Cuba le séjour dure jusqu'à la Révolution Cubaine. Lors de l'un de ces voyages, en 1958, il participe à une descarga au Club 21. C'est à l'issue de celle-ci que débutent les discussions qui aboutiront à la création du Club Cubano de Jazz.
"Pucho" décide de rentrer dans l'île à la fin de 1959. De nouveau on peut l'entendre lors des jam's sessions du Club Cubano de Jazz. Il entre au Cabaret Parisien de l'Hôtel Nacional dans le "Big Band de Leonardo TIMOR" pour qui il écrit "Quasi modo", "El Conde", "Más o menos la misma cosa"… et arrange. L'orchestre de Rafael SOMAVILLA le prend dans ses rangs pour animer les soirée de l'Hôtel Habana Libre. Lorsque SOMAVILLA passe à la direction de l'orchestre de Radio CMQ, "Pucho" le suit.

 

Pucho et Leonardo Timor avec l'orchestre de Somavilla.

Parallèlement il organise en 1963 sa propre formation, un Noneto de jazz. Les débuts sont difficiles car le jazz n'est pas toujours apprécié à cette époque dans les sphères dirigeantes. Des appuis, comme celui de SOMAVILLA, mais aussi de fonctionnaires plus éclairés permettent au tromboniste de démarrer. Elle comprend au fil des trois années où elle joue, Rubén GONZÁLEZ, piano; Hector HERNÁNDEZ puis "Papito", contrebasse; Salvador ALMIRAL, drum; Oscar VALDÉS, percussions; Luis TOLEDO, cornet et Eddy MARTÍNEZ, trompette. Braulio "Babín" HERNÁNDEZ, saxophone tenor ; Osvaldo URRUTIA, saxophone baryton. Luis ESCALANTE ou encore Rafael SOMAVILLA, Roberto GARCÍA, bongó... ont aussi participé aux concerts du noneto.


Le Noneto de jazz de Pucho Escalante. Photographie: Pochette du disque original.
Noneto de Jazz de Pucho Escalante, "Zancudo".

La formation se présente au public de la capitale sous le nom de "GRUPO CUBANO de JAZZ" au Ministère de l'Industrie en 1964 puis donne de nombreux concerts dans le cadre des Martes del Jazz au cabaret Parisien. On l'entend aussi en 1966 à la Maison de Tchécoslovaquie et une mémorable prestation au Palais des Beaux Arts en 1967 ainsi que dans plusieurs clubs.

Le "NONETO CUBANO de JAZZ" enregistre en 1964. Ces enregistrements présentent aujourd'hui une valeur historique importante pour l'histoire du Jazz cubain. La formation interprète des compositions cubaines -le plus souvent de Luis ESCALANTE - et se situe dans une ligne très classique du Jazz où le rôle des percussions, tenues par Oscar VALDES II, est extrêmement discret, illustrant bien la voie choisie dans l'île cherchant à serrer au plus près le modèle proposé par les jazzmen américains. "Pucho" participe en 1965 à l'enregistrement de "El Trombón majadero" de son collègue Generoso JIMÉNEZ.

1964. Le disque du Noneto contient 4 plages:
Zancudo, Noneto, Serenatas para los monos, Ambrosios.
Col. J. Pear. Australie.
En 1967 le gouvernement crée la "ORQUESTA CUBANA de MÚSICA MODERNA". ROMEU, SOMAVILLA et Luis ESCALANTE sont chargés de recruter les meilleurs musiciens possibles et "Pucho" est évidemment convié. Il voyage à Montréal pour l'Exposition Internationale en 1968, enregistre cette même année et la suivante et reste au sein de la formation jusqu'en 1971.
Cette année sa famille, fondée à Caracas, souhaite retourner au Vénézuela . Son frère Luis décède cette année-là . Rien ne le retient et "Pucho" quitte l'île pour le continent.

"Pucho" forme un groupe de jazz animant les soirées du Juan Sebastián Bar ou du Brasil. Membre du "Trabuco Venezolano", "Pucho" alterne durant trois concerts avec "IRAKERE" au Poliedro de Caracas en 1981. En 1983, avec ses musiciens, il accompagne Paquito d'RIVERA, son jeune protégé de l'époque de la "OCMM", lors de sa prestation au Teatro Nacional de Caracas. Il joue de manière permanente dans les orchestres de Radio Caracas et du Canal 8 de la Télévision. Il compose et notamment une "Suite para metales" .
Son fils, pianiste, ayant obtenu une bourse pour étudier aux Etats Unis toute la famille gagne New York et s'y installe.



Juan Pablo Torres, Cachao, Pucho Escalante.

Il retrouve Paquito et naît le projet de collaboration pour des "descargas" enregistrées en 1993. On l'y entend sur une de ses compositions "Despojo" . Il retrouve dans ce projet d'anciens amis cubains comme Jesús CAUNEDO...

"Pucho" ESCALANTE s'intègre au "UNITED NATION ORCHESTRA" de Paquito fournissant notamment une excellente composition, "Modo Cubano", pour le disque "A Night in Englewood".
Lorsqu'en 2001 se forme le groupe "Los ORIGINALES", un ensemble de musiciens touchés par le "Papy Boom", "Pucho" est invité à y participer pour un concert de promotion et l'enregistrement d'un disque.

Bien que ralentissant son activité, "Pucho" ESCALANTE est toujours disponible pour participer à une quelconque activité musicale qui s'offre à lui et travaille régulièrement son instrument.

Pucho en 2007 à New York.


Pucho avec Paquito pour ses 100 ans.
Retiré depuis plusieurs années "Pucho" ESCALANTE fête ses 100 ans en 2019 reçoit pour cette occasion la visite de Paquito d'RIVERA et avec celui-ci il appelle son vieil ami du "NONETO", Braulio HERNÁNDEZ.

© Patrick Dalmace

Discographie sélectionnée:
* " Sentimiento ", L.H. 1964, Egrem CD 0318.

 
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