ACOSTA, Leonardo (La Havane 1933-2016)

Leonardo ACOSTA est né dans une famille cultivée. Son père, artiste graphique, est ami de Amadeo ROLDÁN, Alejandro García CATURLA, Alejo Carpentier, Ernest Hemingway et son oncle Agustín est un grand poète.

Logiquement Leonardo est appelé à faire des études et à étudier la musique comme dans les bonnes familles . Il étudie le solfège avec une tante et convainc son père de lui éviter le piano, mal vu dans le barrio où il vit. Dans ce quartier noir, prolétaire, El Cerro, ancien quartier aristocratique délaissé où les maisons des riches ont été transformées en solares Leonardo préfère suivre les comparsas et les rumberos et se mêler aux groupes populaires. Il opte pour la trompette, puis, alors qu'il n'a que quatorze ans, à l'écoute de Charlie Parker, il devient saxophoniste, suivant alors des cours avec José PÉREZ , un saxophoniste de l'orchestre de Adolfo GUZMÁN.

Avec ses jeunes camarades ils essaient de faire un petit ensemble pour jouer comme Dizzy et comme Charlie. Au cours des années quarante, sur les conseils de son ami Walfredo de los REYES il commence à jouer dans un orchestre du barrio puis dans d'autres formations de quartiers, la plupart du temps noires, également au sein du « HAVANA MELODY ». Ils se font entendre dans les sociétés de noirs ou de mulatos , les académies : Unión Fraternal, Club Atenas….

Leonardo commence des études universitaires d'architecture, joue dans l'orchestre de l'Université et rencontre les artistes du feeling. Il participe comme plusieurs jeunes amateurs de jazz, aux descargas que le mouvement organise, particulièrement celles qui se déroulent chez le chanteur Tony SUÁREZ . Il se lie d'amitié avec José Antonio MÉNDEZ qui pour le 31 décembre 1951 l'invite à jouer avec son groupe.
Le jazz le démange et dès qu'il le peut il va écouter les musiciens du Tropicana qui après les shows se livrent à de régulières descargas .
Il les fréquente dès le début des années cinquante, fait la connaissance de Bebo VALDÉS, de Guillermo BARRETO …

ACOSTA commence également à s'impliquer personnellement dans ces jam'sessions . On l'entend en particulier au Las Vegas où finalement il est invité à former un groupe fixe pour animer Los Viernes del Jazz  avec le tromboniste Jorge ROJAS .
Au Sans Souci, Leonardo est encore là lorsque en 1957 Sarah Vaughan , après son spectacle, reste pour la descarga . Leonardo se met aussi à organiser chez lui des descargas qui débutent entre quelques amis et finissent par attirer tous les jazzmen de la capitale et ses nouveaux modèles : Bebo, Rafael SOMAVILLA, Samuel TELLEZ …

 

Descarga au Club Las Vegas avec Leonardo, Walfredo, "Cachaito", contrebasse,
Pedro Chao, saxophone ténor et Frank Emilio.


Bebo VALDÉS lui présente Frank EMILIO. Avec ce dernier Leonardo se perfectionne et leur amitié les conduit à organiser de petites formations de jazz.
Parallèlement il joue aussi avec divers orchestres : «CUBAMAR », «Orquesta Rey DÍAZ CALVET » avec lequel il inaugure le cabaret de l'Hôtel Capri. Le pouvoir ferme l'Université en 1954. Leonardo ACOSTA abandonne alors ses études pour se consacrer à la musique.
En 1955 il voyage aux Etats Unis et connaît à New York de nombreux jazzmen américains; Zoot Sims, Stan Getz, Billy Taylor .... Leonardo ACOSTA fréquente les clubs de jazz et continue ainsi sa formation personnelle.



Leonardo en 1956 avec la Banda Gigante de Benny Moré.

Lorsque Benny MORÉ cherche des musiciens pour former sa «BANDA GIGANTE » Santiago PEÑALVER, l'un des saxophonistes de Benny le sollicite. Il y entre en 1956 et joue dans la formation quelques mois puis quitte Benny parce que le travail était trop astreignant. Les tournées parcourraient toute l'île, le répertoire était invariable. Leonardo ne pouvait travailler comme il le souhaitait. Il part alors pour Caracas avec la formation cent pour cent cubaine du venezuelien Aldemaro Romero.

ACOSTA accepte une proposition de son ami le pianiste Raúl ONDINA de diriger un groupe de Rock en Roll, les “HOT ROCKERS ” qui incorpore au rock la percussion cubaine. ACOSTA conduit son groupe vers les studios, gravant “Rip it Up” et “Cachita Rock”, sur les ondes de radio Progreso et en tournée au Venezuela.
A son retour il passe dans l'orchestre de l' Institut Cubain de la Radio dirigé par Julio GUTIÉRREZ au sein duquel il fait les suppléances de Emilio PEÑALVER, ce qui lui laisse du temps pour travailler et s'intéresser au jazz. Il remplace aussi le saxophoniste Roberto SÁNCHEZ de l'orchestre de Armando ROMEU au Tropicana. Le temps libre qu'il a lorsqu'il est à La Havane lui permet de former de petits groupes de jazz et de jouer dans les clubs de la capitale

En 1957 avec plusieurs de ses amis musiciens, quelques fans et deux D.J.'s qui diffusent d jazz à la radio, ils fondent le Club Cubano de Jazz . Dans ce cadre et jusqu'à la disparition du CCJ en 1961 Leonardo ACOSTA devient un véritable militant du jazz, se dépensant sans compter pour former des trios, des quartets... animant le club et récoltant les fonds pour faire venir à La Havane des jazzmen américains.

Leonardo avec les jazzmen américains Roy Haynes et Richard Davis.



On écoute son saxophone alto aux côtés de Frank EMILIO, piano; Walfredo de los REYES , batterie et "Papito" HERNÁNDEZ , contrebasse; dès la première soirée organisée par le Club Cubano de Jazz . Le cuarteto se sépare en 1958 l'espace d'un séjour que Leonardo fait aux Etats Unis pour échapper à la police de Batista. Rapidement à son retour ACOSTA retrouve ses activités et organise d'autres formations pour poursuivre son travail au sein du CCJ : Avec la guitare de Pablo CANO il emboîte le pas aux expériences de Getz et Rainey ; avec Pedro CHAO et son ténor il marche sur les traces de Mulligan ...

Au bar de l'hôtel Plaza il réunit également un autre groupe avec notamment ONDINA et le batteur Armandito ZEQUEIRA .

A la fin de 1958, avec "El Negro" VIVAR à la trompette, il fait partie du quinteto du pianiste américain Ted Corabi qui joue au St John's jusqu'à l'arrivée des barbudos .

 

Leonardo avec Ondina et Robertico Casas lors d'une répétition avec les Hot Rockers sur Radio Progreso.

Au lendemain de la Révolution on offre à Leonardo l'opportunité de travailler pour la toute nouvelle agence Prensa Latina. Le saxophoniste débute alors une carrière journalistique qui ne l'empêche nullement de poursuivre sa tâche au sein du CCJ et de faire partie du quinteto qui, sur demande de la toute nouvelle Direction de la Culture, donnent un concert de jazz à l'amphithéâtre du Musée des Beaux Arts.

Festival de Jazz au Teatro Payret.
La Havane 1963.

Acosta, Carlos Emilio, Armesto, Zequeira.
Le pianiste, caché est Chucho Valdés
.

Dès 1960, alors que le CCJ commence à perdre de sa force avant de se dissoudre, ACOSTA défend le jazz dans la presse, préface l'édition cubaine de l'histoire du jazz de Marshall W. Sterns, organise des concerts avec les anciens du CCJ . Avec Frank EMILIO , Raul ONDINA et Pablo CANO ils s'intéressent aux jeunes musiciens de jazz et aident à leur formation, leur font écouter des disques, leur enseignent le répertoire... Leonardo continue d'organiser divers groupes de jazz se produisant là où l'on veut bien les accepter. Nicolas REINOSO, Bobby CARCASSES, "Changuito"... sont souvent à ses côtés.
L'écriture l'attire et il publie des contes en 1967.

Ondina, Julio César Fonseca, Leonardo à la trompette, Nicolas Reinoso, saxophone. 1966.

 

 

A la fin de la décennie, en 1969, le directeur de l'I.C.A.I.C. Alfredo Guevara sollicite Leo BROUWER pour qu'il organise un groupe musical d'avant-garde. Leonardo ACOSTA figure parmi les musiciens que rassemble BROUWER et participe activement au travail de ce “ GRUPO de EXPERIMENTACIÓN SONORA ”, profitant des enseignements donnés et apportant ses connaissances du jazz. Il reste dans le “ G.E.S ” jusqu'en 1973.

 

Leonardo continue son travail à Prensa Latina. Il occupe des postes de correspondant à Mexico, Prague, Berlin... Lorsque Bobby CARCASSÉS lance le premier Festival Jazz Plaza , en 1979 Leonardo est encore là pour épauler Bobby durant les premières éditions et s'aventure de nouveau sur la scène.


Leonardo Acosta durant le Jazz Plaza 1981.

...
Remise du Prix National de la critique à Leonardo
Acosta par le Ministre de la Cuture Abel Prieto.
Photographie El Habanero Digital.
.

Mais définitivement l'écriture l'attire et parallèlement au journalisme ses incursions dans la littérature deviennent sérieuses et régulières avec Música y Épica en la novela de Alejo Carpentier en 1981 puis l'année suivante l'incontournable Musica y Descolonización et Del Tambor al Sintetizador en 1983.

Il renoue avec les rapports entre musique et écriture avec Elige tú qué canto yo en 1993 et son histoire du jazz cubain Descarga Cubana en 2000. Ses articles sur la musique et sur le jazz paraissent régulièrement dans la presse cubaine.

En 2006 il obtient le Prix national de la critique pour son essai Alejo en tierra firme publié l'année précédente.

© Patrick Dalmace

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