Frank Catalano et ses concerts en France

 


30 Avril 2017
Club Le Sunset
Paris.

Jazz Hot N° 679, Printemps 2017.

En cette soirée pluvieuse du 30 avril, le Frank Catalano Quartet investissait la scène du Sunset pour un concert chaleureux, qui a considérablement augmenté la température du lieu à mesure que les titres allaient s’enchaîner. Patrick Villanueva (p), Jean Bardy (b), et Manu Dalmace (dm) secondent très efficacement le leader, qui donne en compagnie de ses «french guys» un concert extraordinaire de polyvalence, dont l’esprit œcuménique est en lui-même une prise de position artistique. Franck Catalano (ts) a joué très jeune avec Von Freeman, et se trouve très attaché, en tant que pilier du club Green Mill, à ce que l’on nomme «l’école de Chicago» du saxophone (Jazz Hot n°674). Entre deux sets, il nous dira sa passion pour la vigueur des «chases» initiées par des musiciens qu’il considère comme ses maîtres, tels Johnny Griffin, dont les tempos allègres lui donnent envie de travailler son timbre jusqu’à acquérir cette sonorité blues et brillante, envisagée comme un élément à part entière de son identité musicale. L’articulation du set s’effectue autour de Bye Bye, Black Bird, son récent album enregistré avec le batteur Jimmy Chamberlin, musicien qui a participé à l’aventure d’un groupe de rock alternatif célèbre, les Smashing Pumpkins. Fidèle à cette optique protéiforme, le saxophoniste joue ce soir avec Manu Dalmace, dont le jeu éclectique est empreint d’influences composites, allant du rock au jazz, en passant par le funk et le blues. «Bye Bye Black Bird», titre comportant cocottes funky et breaks de batterie, donne une idée de l’étendue du répertoire du groupe, tandis que les effluves de la période Mighty Burner (surnom de Charles Earland, l’un des mentors de Catalano) mettent en évidence des sonorités caractéristiques du soul jazz, mâtinées de quelques touches fusion. On songe aussi à Benny Golson sur Killer Joe, et bien sûr au groupe Weather Report, s’agissant de la cohésion d’ensemble et du fighting spirit. L’aspect à la fois très classique et finement métissé de la formation de Patrick Villanueva (il dissémine de nombreux motifs latino-américains au sein de ses parties solo), associé au caractère très bop et stylé de Jean Bardy, confèrent pourtant à la prestation un caractère très enraciné. «Sugar» avec ses accents colorés et son rythme soutenu, exprime une admiration immense envers Dexter Gordon, tandis que «Stella by Starlight» célèbre à sa façon Stan Getz, dont le timbre chaleureux hante visiblement les explorations du saxophoniste, même s’il dit mettre au même niveau toutes les expériences vécues en tant qu’artiste, que ce soit comme side man ou comme musicien de session, aux côtés de Tony Bennett («Fly Me to the Moon»), de Santana, ou de Miles Davis. Dans les second et troisième sets, c’est toutefois l’influence des Brecker Brothers qui s’avère vraiment la plus évidente, avec ses cascades de cuivres, ses rythmes binaires ondoyants et funky, et ses rythmiques syncopées. Et l’on se souvient de ce live mémorable gravé en compagnie de Randy Brecker, avec un son qui fait penser à Grover Washington Jr pour les passages jazz funk, une esthétique dont David Sanborn a d’ailleurs garanti l’intégrité en gravant deux parties de saxophone alto sur les titres de Bye Bye Black Bird. Les solos énergiques pris tour à tour par les musiciens traduisent l’importance de la dynamique dans une musique faite pour le live, littéralement irrésistible lorsque l’humour se mêle aux évolutions musicales du quartet. Le thème du film Retour vers le Futur, cher au cœur de Catalano, est d’ailleurs interprété magistralement, tandis que «Lazy Bird» porte la satisfaction du public à son comble, en rappelant le jazz plus exigeant des grands ainés, qui savaient conjuguer des valeurs d’entertainment avec ce qu’ils ressentaient comme un devoir de fraternité musicale. Un concert très généreux, animé par une vigueur tonifiante et contagieuse.
 JPAlenda


Revue Photos par P. Martineau


Photos J.P. Bouty.

29 Avril 2017
Relais Culturel de la Côte de Beauté
Saint-Georges-de-Didonne.

Frank Catalano and his
French Guys à St Georges de Didonne

Publié le 30 Avril 2017 par jazzaseizheur

Frank Catalano, saxophoniste ténor originaire de Chicago, jouait avec ses French Guys au  Centre Culturel à St Georges de Didonne pour le plus grand plaisir des amateurs de jazz moderne US qui s'étaient déplacés de loin pour l'entendre. D'autant plus qu'il ne jouait que trois concerts avec cette formation en France. Ce saxophoniste qui a, en son temps, reçu les leçons du saxophoniste Von Freeman, joue un jazz très moderne entre bebop et free toujours marqué indéniablement par les racines du blues de Chicago. Son jeu, par bien des aspects, m'a fait penser aux "Little Giants" des années 60 comme Johnny Griffin ou Dexter Gordon. Frank Catalano a joué avec des pointures comme Miles Davis, Randy Brecker ou Tony Bennett et je peux bien avouer que j'ai pris une grande claque lors de son concert énergique et talentueux du début à la fin.C'est un leader aux brillantes improvisations qui sait parfaitement donner des espaces d'expression à ses fidèles accompagnateurs.

Le batteur, Manu Dalmace, originaire de la ville et organisateur de cette mini-tournée, fut grandiose aux drums, galvanisé, qu'il devait être dans ce contexte si propice àson tempo toujours en adéquation avec les solos de Frank Catalano. Jean Bardy, à la contrebasse, fut, lui aussi tout à fait à la hauteur et nous subjugua par sa complémentarité avec Manu Dalmace. Le pianiste Patrick Villanueva que je n'avais pas entendu depuis une dizaine d'années se révéla essentiel dans la musique du quartet et me rappela par son talent et son feeling le regretté Gerorges Arvanitas. Le public présent dans la salle adhéra totalement à leur musique et les réclama pour deux rappels successifs. L'un des meilleurs concerts de ce début de printemps dans notre petite province grâce à la municipalité de Saint-Georges de Didonne

 

28 Avril 2017
Le Rocher de Palmer
Bordeaux/Cenon.

Concert de Frank Catalano au Rocher de Palmer


par Patrick Braud
Photographies d’Alain Pelletier

Après nous avoir très gentiment accordé un entretien à paraître prochainement dans la Gazette bleue, Frank Catalano est monté sur scène, calme et détendu, accompagné non pas de ses compagnons habituels mais de trois “French guys” avec qui il a répété pendant quelques jours à peine. Le premier, Manu Dalmace, le batteur, est un ami de Frank Catalano qui l’a chargé de recruter les deux autres : à la contrebasse, Jean Bardy, “jambe hardie” nous a-t-il lancé en souriant (et les jeux de mots à deux cents sont d’excellents moyens mnémotechniques) et Patrick Villanueva au clavier. Un accord parfait commentait Frank Catalano. Une histoire d’amitié et de feeling, de swing d’abord qui ne laisse pas les choses comme Duke Ellington les a laissées mais qui introduit des accents coltraniens au saxophone sur “Things as they use to be”. Le saxophone mène la partie et le groupe groove. Au clavier, des frappes de piano mais avec un sustain d’orgue, un mélange des deux instruments pour un voyage détendu alors que le sax s’est tu. Jean Bardy se lance ensuite dans un beau solo avant que le thème ne soit repris par l’ensemble des musiciens.

Saut dans l’histoire du jazz, saut géographique, nous sommes maintenant à Chicago, ville blues, pour une composition originale mais en hommage à l’un des maîtres saxophonistes de Catalano : Eddie Harris. Ca commence par un rythme saccadé, c’est entraînant. Le sax est parfois rauque, rocailleux, le clavier a cette fois-ci un son funk des années 1970. Manu Dalmace se lance dans solo, entrecoupé de relances au saxophone, qui augmente le rythme et qui explore les roulements et les frappes.
Changement d’ambiance pour le morceau suivant que Catalano dédie à sa femme Sona. C’est un blues profond, tendre que le Villanueva étend comme une ballade tandis que le sax reste plus concis, plus groovy aussi, voire orageux sur la fin, avant un retour à la quiétude.



Différentes couleurs de jazz donc pour ce concert, et même parfois au sein d’un même morceau. Des contrastes aussi : après ce blues tendre, un morceau joyeux et sautillant, mais gentiment tordu et distendu par Bardy pendant son solo avant que Catalano ne se lance dans un chorus épique, très parlant, chaud, entraînant, sonnant très parkérien.

Ce n’est pas toujours l’alternance entre blues doux et thèmes rythmés, non, c’est plus subtil. Une même mélodie peut être dans un équilibre difficile à la fois languissante pour le piano et le sax et sautillante pour la section rythmique. Le saxophone, toujours sensible dans la tristesse ou dans la joie, mêle parfois deux émotions en même temps comme une tristesse rageuse sur “Our love is here to stay” que Catalano jouait lorsqu’il accompagnait Tony Benett.

Mélange d’époques aussi : “Shaken” par exemple, composition originale, commence par un gimmick plutôt rock. C’est un jazz très contemporain soutenu par une contrebasse profonde et qui laisse place à un long solo de batterie bien véhément. Mais le sax au groove rock s’épanche parfois vers un free digne de Coltrane. C’est un peu une histoire du jazz, mais condensé, rapide. Pas un article d’encyclopédie poussiéreuse, non, une histoire vivante et sautillante. Une démonstration en action que cette musique est bien vivante et qu’elle émeut.

En rappel, un des premiers thèmes que Catalano jouait, très jeune, dans les clubs de Chicago. Un thème utilisé par la bande originale du film “Retour vers le futur”. Excellente conclusion pour ce concert. Un retour vers les racines du jazz jusqu’au blues et une propulsion vers son futur, en passant par des périodes teintées de rock ou de funk.Ce concert fut une excellente introduction à l’oeuvre du talentueux Catalano mais aussi une bonne introduction au jazz dans sa variété : contemporain, blues, rock, funk, be bop.

Deux envies en sortant du concert : prolonger l’écoute du travail de Catalano en achetant l’un de ses disques, (ré)écouter Coltrane, Parker, Eddie Harris, Tony Benett, parmi les artistes dont il fut question ce soir.

 

20 Octobre 2015
Club Le Sunset
Paris.


Concert  Bob Mamet Trio & Frank Catalano

Jazz Hot N° 673, Décembre 2015.

Les jazzmen de Chicago Bob Mamet, piano et Frank Catalano, saxophone ténor, étaient le 20 octobre au Sun Side. Pour Bob il s’agissait de sa première apparition parisienne et Frank s’y est jusqu’ici peu produit.  C’est, pour le public de la capitale, quasiment une découverte et quelle découverte !  Mamet débute en trio avec  le contrebassiste Wolfram Derschmidt et  le batteur Dusan Novakov qui ne sont pas ses partenaires permanents mais sont tous deux remarquables, offrant un soutien sans failles, se montrant aussi d’excellents lecteurs à l’heure de déchiffrer certaines des compositions.


Le pianiste montre son bonheur de jouer dans un grand club parisien et son plaisir sera visible au long des trois sets à travers l’excellente communication qu’il entretient avec le public, surpris du niveau du jeu de Bob et Frank Catalano. Le travail de Mamet est d’une grande finesse, le toucher délicat comme on le note dès l’écoute des premières compositions, « Impromptu », «  Keziah », « Illinois Road »… A l’entrée de la rythmique le jazz se charge d’une forte dose de  swing.  Bob Mamet, avec ses deux partenaires, régale de cette façon sur tous les débuts de set : « At plag », le superbe et fluide « Solstice », « Cat’s on the roof » avec un gros groove… Sur le quatrième thème du premier set Bob invite et présente son ami Frank Catalano qui propose une de ses compositions les plus complexes dédiée à Coltrane  « Expression ». Le son est puissant, lourd. L’énergie coltranienne  de Catalano, relevée par la critique américaine, prend tout son sens. On se trouve aux portes du Free Jazz (« Sugar »). A chaque fois que Frank hausse le niveau la rythmique répond de façon immédiate et adéquate. Le saxophoniste, subtil, fait preuve de créativité et offre de belles dissonances sachant aussi changer de registre au sein d’un même thème. On retrouve cette atmosphère sur les compositions qu’il apporte à la set list du quartet, notamment « Shakin’ », « Funky Dunky »…  Bob et Frank offrent du très bon jazz,  jouant également des classiques, triturés comme savaient le faire les bebopper au point d’être à peine reconnaissables, «  Ornithology », «  Night and day ».  Dans une moindre mesure  mais tout aussi soigné c’est le cas de  « Blue Bossa » de  Kenny Dorham. Sur les compositions qui ne sont pas les siennes  Catalano  sait polir davantage le son de son ténor, l’accorder à la personnalité de Bob offrant le swing indispensable aux thèmes qui le nécessitent «  Bob’s Blues »… Les deux leaders, l’un avec sa douceur, l’autre sa dureté, arrivent toujours à créer une belle osmose (« God make it beautiful ») ou des ruptures savantes (« Burner’s Blues »). Leur complémentarité s’avère parfaite. Bob Mamet est encore excellent dans l’interprétation du thème de Mancini « Days of Wine and Roses » pour lequel Catalano joue West Coast.
A l’issue du concert, les nombreuses marques de félicitations reçues de la part d’un auditoire réellement impressionné par la session montrent que les amateurs de jazz souhaitent vivement réécouter les deux chicagoans.
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